LES MARIES DE NOTRE EPOQUE
2014
30 x 25 cm

Dans la plupart des pays du continent africain, le mariage est une institution chargée d’histoires, celles d’une tradition séculaire qui véhicule ses propres clichés. Mis à part son ancrage historique, le mariage est de plus en plus le point de cristallisation d’enjeux contemporains notamment avec la multiplication des mariages mixtes, les mariages entre personnes de même sexe, les mariages virtuels découlant des rencontres sur les réseaux sociaux etc., ces autres formes d’unions qui retiennent de plus en plus l’attention du monde. Qu’on le veuille ou non, les mariages de demain sur le continent oscillent entre tradition et modernité, avec des référents de plus en plus complexes qui changent les storytelling individuelles et collectives.

L’un des corollaires du mariage qui m’intéresse particulièrement est la dot (fondation traditionnelle du mariage). En 2014, alors que je commençais à peine à me pencher sur le sujet, je décidai de prendre ma famille comme point de départ de ma recherche photographique. En témoigne la série qui en est sortie, ῝L’essentiel est invisible pour les yeux”. Une série plutôt intimiste, mettant en scène ma grand-mère âgée de 95 ans et des objets issus des dots de la famille. Ce n’est qu’en 2015 que je décide d’élargir le cadre de cette réflexion, en considérant la dot non pas d’un point de vue familial mais comme une pratique ancestrale chez les populations Yoruba, au Bénin et au Nigéria.

Il s’agissait pour moi de questionner la mutation de cette pratique dans le monde contemporain en considérant ces deux pays et comment on pouvait réinterpréter une ancienne tradition dans un contexte contemporain. Comment l’essence même de cette pratique est transformée par le fait contemporain ? Que nous disent les pratiques de dotation sur l’évolution du statut de la femme ? Comment les citoyens remettent-ils en question leurs représentations personnelles à ce sujet ? Comment les Africains de demain vont-ils se réapproprier la pratique de la dot ? La série présentée ici ῝ Les mariés de notre époque” est le résultat de ces questionnements, fruit d’une recherche de résidence soutenue par Photoquai du Musée du Quai Branly à Paris.

Ishola Akpo, avril 2016

In most of the African countries, the institution of marriage is laden with stories from secular tradition, which convey local stereotypes. Beyond its historical assimilation, marriage is at the centre of all contemporary concerns, especially regarding interracial or homosexual unions, “virtual” marriages resulting from online dating, and all alternative forms of union drawing public attention. Whether you like it or not, tomorrow’s marriages in Africa waver between tradition and modernity, with increasingly complex references that modify personal and collective storytelling.

Dowry is one of the foundational aspects of marriage that particularly catches my eye. In 2014, when I was barely tackling the subject, I decided to focus on my family as the subject of my research, resulting in my portrait series “L’essentiel est invisible pour les yeux.” A rather intimate work, staging my 95 year-old grandmother and objects gathered from my family’s dowries. Shortly after in 2015 I decided to extend the context of my approach from my family’s tradition to the larger, ancestral practice among the Yoruba peoples in Benin and Nigeria.

My purpose was to ponder on the mutations of such practice in the contemporary world by taking these two countries as an example, and to analyse the way in which an ancient tradition can be reinterpreted in an updated context. How is the very essence of such practice shifted by a contemporary sense? How does dowry reflect the evolution of women’s status? How do citizens reassess their personal exemplification of this subject? How can Africans of tomorrow recontextualise the practice of dowry? The series presented here, “Les mariés de notre époque” (Marriage today*) is the outcome of such reflections, and the result of a residency hosted by Photoquai – Musée du Quai-Branly in Paris.