Photographie

L’essentiel est invisible pour les yeux

Cette série photographique s’inscrit dans une démarche à la fois conceptuelle et documentaire.

L’essentiel est invisible pour les yeux, 2014 print on baryta paper, 60 x 90 cm 
© ishola akpo

PAR ESTELLE LECAILLE

commissaire d’exposition indépendant / mosso brussels

Par ce travail le photographe explore la mémoire de la dot du mariage de sa grand-mère à travers les objets restants: cantine en bois fabriquée par son futur époux, pagnes, perles, bouteilles de gin, bassines, miroir etc. Ce sont ces biens que la famille de la mariée apporte comme symbole pour sceller l’alliance entre deux familles, deux clans, deux ethnies et qui matérialise leurs consentements mutuels. Ainsi, dans une vision de famille élargie, on estime qu’un couple ne se construit pas, par lui seul, mais avec l’aide des proches, et en premier lieu des familles respectives. Ce système aide ainsi à inscrire les couples dans la durée dans une logique communautaire. Mais actuellement, perdant progressivement son sens de symbole d’alliance, la dot est devenue une source de revenus pour certaines familles.

Ishola Akpo, tente de montrer ce que l’objet ne révèle jamais mais dont il est le témoin muet. Chaque image nous fait remémorer la dot. Ces images symboles qu’elle n’oubliera jamais font revivre cette dot à travers son histoire, ses souvenirs et sa mémoire. Il révèle aussi l’angoisse de celle qui se sent vieillir et qui souhaite laisser une trace de son passage dans les mémoires familiales.

Ces objets rouillés et usés ont vieilli avec cette femme, ils portent l’empreinte du temps comme elle le porte sur son beau visage buriné, ses rides, ses cheveux gris. Mais ils célèbrent aussi la vie de Dossi.

En parlant de cette histoire personnelle et intime et en mettant en scène sa propre grand-mère, Ishola Akpo met en perspective la dot reçu il y a 80 ans avec ce que pourrait être la dot du futur : ce travail permettra d’en élargir les points de vue et de créer un corpus des dots à venir.